Mémoire Résistance et Déportation dans les Côtes-du-Nord

Les ultras de la Collaboration (1940-1944)

Des partis collaborationnistes activistes et ultra minoritaires

Le PNB

Active en Bretagne au moment de la défaite, la fraction dure du mouvement breton s’est organisée dans un Parti National Breton (PNB) ouvertement pro-nazi et séparatiste avec les leaders comme O. Mordrel et Debauvais.

Revenus dans les fourgons de l’occupant, les chefs du PNB se réunissent à Pontivy au cours de l’été 1940. Ils élaborent le programme d’un Conseil National Breton qui revendique la « Bretagne libre ». Autorisé par l’occupant, le nouveau journal du PNB « L’Heure Bretonne » attaque violemment le régime de Vichy et rejette la France. La propagande du PNB sous forme de papillons dénonce l’administration de Vichy, le « capitaliste-tyran » et « les deux cents familles », les problèmes de ravitaillement de 1941 à 1944. Le régime de Vichy réagit contre les violentes attaques du PNB. La police briochine interdit une manifestation du parti breton à la suite d’un congrès d’arrondissement tenu à Saint-Brieuc en présence des principaux chefs du PNB. La « Dépêche de Brest » et « La Bretagne », journaux contrôlés par le nationaliste plus modéré Yann Fouéré, rapportent le 13 avril 1942 ces « incidents regrettables ». De jeunes résistants ont participé aux bagarres.

En décembre 1940, à la suite d’une crise grave, les plus extrémistes Mordrel et Debauvais sont un peu mis à l’écart par l’équipe de R. Delaporte qui prend la tête du parti.

Un tract distribué à Dinan dans la nuit du 3 au 4 avril 1942, avec la photo de Delaporte, développe les positions du PNB. Le deuxième congrès des cadres, tenu à Rennes les 5 et 6 septembre 1942, réaffirme l’appui à la collaboration avec les nazis pour l‘établissement d’un « Ordre nouveau » en Europe. Pour se démarquer et répondre à la Résistance, le PNB tente d’affirmer son indépendance à l’égard des Allemands mais une fraction s’engage dans la collaboration policière et militaire en 1943-1944 tels la Milice Perrot.

Après le PNB, d’autres partis sont autorisés par l’occupant en zone occupée en mai-juin 1941, des « partis nouveaux » ouvertement collaborationnistes.

Le RNP

Le Rassemblement National Populaire (RNP) est fondé par l’ancien socialiste converti au fascisme Marcel Déat. En juin 1941, la poignée de fondateurs du RNP, dont certains sont des gens douteux d’après le Préfet, prend possession d’un magasin « aryanisé » appartenant à un commerçant israélite de Saint-Brieuc pour y ouvrir une permanence. Le RNP, parti ouvertement national-socialiste, possède deux permanences dans les Côtes-du-Nord. Le groupe des Jeunesses nationales populaires (JNP) est particulièrement actif dans la région de Dinan en 1943-1944. Le principal responsable du parti devient le secrétaire de Déat en 1943.

Le PPF et le MSR

Le Parti Populaire Français (PPF), fondé en 1936 par l’ancien dirigeant communiste Jacques Doriot, exclu du parti, cherche aussi à se développer en bénéficiant de la bienveillance des autorités préfectorales. Tout comme le RNP, le PPF ne rassemble qu’une poignée d’adhérents. Pourtant Doriot vient de temps en temps dans les Côtes-du-Nord car sa mère possède une villa au Val-André mais il se garde bien d’affronter les marins-pêcheurs de Dahouët.

En 1942, le Mouvement Social Révolutionnaire (MSR), fondé par d’anciens cagoulards (extrême droite) comme Deloncle, se dissout. Dans les Côtes-du-Nord, le MSR est phagocyté par le PPF auquel adhèrent 23 adhérents du MSR.

La propagande du PPF passe par l’organisation de conférences, avec la projection du film nazi et antisémite le « Juif SUSS » à Saint-Brieuc en septembre 1942. Les papillons distribués attaquent le communisme et dénoncent les bombardements alliés. Ces derniers sont distribués par les Jeunesses Populaires Françaises (JPF) à Saint-Brieuc le 17 décembre 1943 à l’occasion d’une conférence du professeur allemand Grimm. En période de pénurie de papier, les grandes affiches de propagande du PPF montrent les facilités dont jouissent les partis collaborationnistes.

Le Parti Franciste

Le parti Franciste a été créé par le pro-nazi Marcel Bucard vers 1933. Il compte très peu d’adhérents dans les Côtes-du-Nord mais des photos saisies à leur permanence à la Libération témoignent des efforts de propagande et d’encadrement de la jeunesse dans des camps organisés sur le modèle des régimes totalitaires.

La faiblesse des partis collaborationnistes et les convergences du régime de Vichy et des Ultras

Dans les Côtes-du-Nord, les groupuscules collaborationnistes connaissent un recrutement très limité. A leur apogée en 1942-1943, ils n’ont jamais représenté plus de 0,3 à 0,4 % de la population.

La bourgeoisie maréchaliste se retrouve dans le groupe Collaboration, plus modéré, pour soutenir le régime. Mais d’une manière générale, l’activité des partis collaborationnistes est faible. Mais rappelons qu’à partir de juin 1941, ultras de la collaboration et responsables de Vichy se rejoignent au sein de la Légion de Volontaires Français contre le Bolchevisme (LVF), dénommée en 1942 Légion tricolore.

Animée par des militants des partis collaborationnistes, elle recrute très peu de volontaires pour le front russe dans les Côtes-du-Nord mais développe une virulente propagande antisémite. Le 17 décembre 1943, à l’invitation de la LVF et du groupe Collaboration, le professeur allemand Grimm prononce une conférence à Saint-Brieuc sur le thème : « Europe, réveille-toi ! ». Mais au début de 1944, à part les derniers fidèles, les partis collaborationnistes s’effacent. Une poignée de jeunes fanatisés forment des milices paramilitaires et certains combattent les maquis aux côtés des Allemands.

Pendant l’occupation, la « Guerre de propagande » fait rage. La propagandastaffel colle des affiches développant l’anticommunisme.

Source : Extrait de "Les Côtes-du-Nord dans l’Occupation" Archives départementales des Côtes d’Armor, service éducatif, CDDP, 1985. Auteur : Christian Bougeard.

 

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