Mémoire Résistance et Déportation dans les Côtes-du-Nord

La libération des Côtes-du-Nord et la restauration de l’ordre républicain (août 1944-1945)

La rapide libération du département (3 août – 17 août 1944)

Dans les premiers jours d’août 1944, après la percée d’Avranches, les troupes américaines foncent vers Brest. Les villes, évacuées par les Allemands en retraite ou repliés sur des points de défense (région de Paimpol, Lorient, Brest) sont libérées par la Résistance non sans accrochages.

Dès le 4 août, la Résistance prend possession de Saint-Brieuc, libérée sans gros dommages. Les autorités mises en place dans la clandestinité (préfet de la Libération, municipalités, Comité départemental de Libération C.D.L.) prennent immédiatement la relève pour éviter toute vacance du pouvoir avant l’arrivée des Américains le 6 août, accueillis par la foule qui fête la fin de quatre années d’occupation.

Le Trégor se libère lui-même, les Américains n’entrent à Lannion (libérée le 5 août) que le 11 août. Ils ont aidé les F.F.I. à prendre Guingamp le 7 et participent à la liquidation des dernières poches sur le littoral du 13 au 17 août.

Les pouvoirs politiques à la Libération et la renaissance des partis politiques

Le C.D.L., présidé par Henri Avril qui adhère à la SFIO, est très dynamique. Les mouvements de Résistance, les partis politiques et les syndicats sont représentés en son sein. Majoritairement à gauche, le Front National, représenté par son chef Jean Devienne alias François (proche du PCF en 1944), tend à orienter le C.D.L. vers le contrôle d’une partie du pouvoir en s’appuyant sur les Comités Locaux de Libération (C.L.L.) et les F.F.I.

Le PCF, premier et principal parti politique réorganisé dès la Libération publie son journal L’Aube Nouvelle. Il comptera environ 15 000 adhérents en 1946, devançant largement la SFIO réorganisée plus tardivement par des hommes comme Yves Lavoquer et Max Le Bail, comme le confirmeront les consultations nationales de 1945 et 1946. L’engagement précoce des communistes dans la Résistance fait de leur parti la deuxième force politique du département après le MRP avec 31 % des suffrages en novembre 1946 et une force d’implantation dans l’ouest du département qui résistera à la rupture du tripartisme et à la guerre froide.

Mais dans les semaines de la Libération, le Préfet de la Libération, Gabriel Gamblin, qui ne contrôle pas encore la situation partout, en particulier dans la région de Lamballe, craint abusivement un débordement communiste. Il ne supporte pas la dualité des pouvoirs qui s’instaure jusqu’à décembre 1944. Le préfet grossit les incidents, en particulier ceux qui éclatent à l’occasion de l’installation des municipalités de la Libération et de quelques coups de mains qui continuent.

L’épuration

Période douloureuse qui a marqué la mémoire de la libération, l’épuration revêt plusieurs formes. Elle commence avec les exécutions sommaires dans les Côtes-du-Nord, 215 selon une enquête officielle de 1948, 237 en réalité, c’est-à-dire le chiffre le plus élevé de Bretagne avant le Morbihan. Il y en eut 19 en Ille-et-Vilaine. La carte de la localisation de la répression extra-judiciaire de 1943 à 1945 traduit le lien étroit entre la présence des maquis et les lieux d’exécution même si elles ne sont pas toutes imputables à la Résistance.

Il y aussi les femmes tondues, les internés administratifs, souvent par mesure de protection et afin de juger les véritables collaborateurs. Il y aura 1 270 arrestations entre août 1944 et août 1945. Au C.D.L., Yves Lavoquer (Libé-Nord – SFIO) est chargé de constituer les dossiers. De nombreux internés sont rapidement libérés par le C.D.L.

A partir de la fin de 1944, la Cour de Justice des Côtes-du-Nord et la Chambre civique jugent en condamnant les collaborateurs et délateurs au cours de procès souvent passionnés, tandis qu’une épuration administrative limitée est mise en œuvre en 1945.

Les séquelles de la guerre (1944-1945)

A l’automne 1944, après quatre ans de pillage économique du pays par l’occupant, les difficultés économiques et les pénuries s’aggravent, le trafic portuaire est paralysé, le ravitaillement dans les villes demeure difficile. L’inflation et le chômage sévissent, cependant la reconstruction s’amorce.

Sur le plan municipal, le renouvellement des municipalités par la nomination de résistants des comités locaux parfois contestés, marque un net glissement à gauche, surtout dans la partie bretonnante des Côtes-du-Nord, la plus résistante. Les comités locaux de Libération se sont souvent transformés en municipalités installées à l’automne 1944 comme à Trégastel, d’après le cahier des comptes-rendus des réunions du comité local. Le comité local, dont un des responsables est devenu maire, prépare la liste unique des candidats de la Résistance et des partis de gauche pour les élections municipales du printemps. Environ la moitié des nouveaux conseillers seront réélus en avril-mai 1945. La stabilité politique est davantage la règle en pays gallo, dans la région de Dinan.

Le 8 mai 1945, on commémore la capitulation allemande dans toutes les villes et villages par des cérémonies comme à Saint-Brieuc, mais le bilan humain est très lourd. Les Allemands ont frappé durement la Résistance au cours des rafles pendant la période insurrectionnelle. Vingt et un résistants sont condamnés à mort en Cour martiale et fusillés les 6 et 7 mai 1944, dont sept de la compagnie F.T.P. « La Marseillaise » de Plouaret. Plusieurs jeunes résistants, arrêtés au cours d’une rafle à Plouguenast, sont torturés par la Gestapo à Uzel. Leurs cadavres sont découverts dans la forêt de Lorges après la Libération.

Environ 750 personnes du département ont été tuées, fusillées et suppliciées par les Allemands d’après une enquête des Renseignements Généraux du 14 octobre 1952. Il y eut 585 personnes déportées dont 318 (54,4 %) ne rentrèrent pas des camps de la mort. Mais déjà les échéances électorales de l’Assemblée Constituante mobilisent les partis politiques pour la laborieuse mise en place de la Quatrième République.

Source : Extrait de l’article "La Résistance et la Libération des Côtes-du-Nord ", Archives départementales des Côtes d’Armor, service éducatif, CDDP, 1986. Auteur : Christian Bougeard.

 

Commenter cet article