Mémoire Résistance et Déportation dans les Côtes-du-Nord

L’engrenage de la politique de collaboration : le travail en Allemagne (1941-1943)

Engagée dès l’entrevue de Montoire entre Hitler et Pétain le 24 octobre 1940, après que Pétain eut déclaré : « une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J’en ai accepté le principe… C’est dans l’honneur et pour maintenir l’unité française – une unité de dix siècles – dans le cadre d’une activité constructive du nouvel ordre européen, que j’entre aujourd’hui dans la voie de collaboration » (extraits du discours du 30 octobre 1940), la collaboration politique et économique est renforcée par le rappel de Pierre Laval au pouvoir le 18 avril 1942, sous la pression de l’occupant. Multiforme, elle s’intensifie spectaculairement avec les prélèvements de main d’œuvre pour l‘Allemagne.

L’échec du recrutement de travailleurs volontaires pour l’Allemagne (1941-juin 1942)

Pour répondre à la militarisation croissante de l’économie allemande et remplacer les travailleurs allemands mobilisés, les nazis tentent d’attirer des travailleurs français dans les usines allemandes par des offres alléchantes. La propagande allemande relayée par la presse française est massive utilisant l’appât du gain, la fibre nationaliste, ou les déclarations du maréchal Pétain. En fait très peu de Bretons se laissent appâter par les offres alléchantes de l’occupant.

La Relève (22 juin 1942-janvier 1943)

Pour répondre aux appels du Gauleiter nazi Sauckel surnommé « le négrier de l’Europe », Pierre Laval lance la Rélève. La propagande vise à convaincre les Français que le marché de dupes (un prisonnier libéré pour trois travailleurs partis en Allemagne, non respecté par Hitler), va permettre le retour de prisonniers.

Les exigences allemandes de main d’œuvre sont exorbitantes comme le montre le compte-rendu d’une réunion à Paris de l’inspecteur du travail des Côtes-du-Nord. De juin à septembre 1942, la Relève volontaire a été un échec. Pour couvrir les quotas imposés, des travailleurs jeunes sont désignés dans les entreprises. Lors des départs, des incidents éclatent en gare de Saint-Brieuc le 17 novembre 1942. Les premiers « défaillants », réfractaires, sont signalés par la gendarmerie le 10 novembre 1942.

Service du Travail Obligatoire (STO) et opposition immédiate

Pour répondre aux nouvelles exigences allemandes en main d’œuvre, les deuxième et troisième opérations Sauckel, le gouvernement Laval instaure le STO le 16 février 1943 pour tous les jeunes gens nés en 1920-1921 et 1922. Selon une circulaire officielle du Commissariat général au STO, 715 000 jeunes ont été recensés en France de la fin février au 18 mai 1843. 470 000 ont été exemptés à des titres divers (inaptes, agriculteurs, fonctionnaires de police, employés de la SNCF, étudiants). Sur les 245 000 jeunes disponibles, 88 000 sont partis : 81 000 en Allemagne, 7 000 sur les chantiers allemands en France de l’Organisation Todt.

Dans les Côtes-du-Nord, l’opposition au STO se manifeste immédiatement dans les opérations de recensement surtout dans l’ouest du département, dans les régions de Guingamp, Callac. Des manifestations éclatent à Lannion et à Plestin-les-Grèves. La Résistance communiste et FTP se manifeste dans ces régions depuis 1942. A Caulnes, à la suite d’incidents, six jeunes gens sont condamnés par un tribunal militaire allemand.

A Rostrenen, un tract manuscrit du Front National (FN), mouvement de résistance créé par le PCF en 1941, appelle des maires à saboter le STO. A partir de l’été 1943, il y a très peu de départs pour l’Allemagne. Le 10 juillet 1943, le préfet signale 4 601 réfractaires au STO recherchés dont 1 427 défaillants. 369 ont été arrêtés.

Parfois le fonctionnement d’un bureau d’embauche, comme celui de Lannion placé sous la responsabilité d’une Autrichienne, mariée à un Français, facilite le mouvement des réfractaires. En réalité, le nombre de départs dans les Côtes-du-Nord au titre de la Relève et du STO est inférieur aux chiffres avancés lors du Tribunal de Nuremberg. Au plus 2 200 personnes ont été requises pour le travail en Allemagne.

Source : Extrait de "Les Côtes-du-Nord dans l’Occupation" Archives départementales des Côtes d’Armor, service éducatif, CDDP, 1985. Auteur : Christian Bougeard.

 

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Messages de forum :
L’engrenage de la politique de collaboration : le travail en Allemagne (1941-1943)
samedi 11 février 2017
j-ai une photo de volontaire de Loudeac pour le travail en Allemagne


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