Mémoire Résistance et Déportation dans les Côtes-du-Nord

Aïde, agent de liaison et de renseignements

Dans la Résistance du début à la fin, Aïde (Adélaïde) Mahé, née Richard, a tenu le rôle « tous risques » d’agent de liaison et de renseignements. La Dinannaise, originaire de Saint-Jacut-de-la-Mer, dit « avoir toujours eu de la chance ».

La « chance » lui a valu la Croix de guerre pour avoir organisé un parachutage et récupéré dix-sept conteneurs d’armes, la médaille de la Résistance et les Palmes académiques. Aïde Mahé a même été décorée par le chef des Bérets rouges, le colonel Bourgoin.

La jeune institutrice de Saint-Jacut-de-la-Mer avait 22 ans lorsqu’elle est entrée dans la Résistance, comme agent de liaison dans les Côtes-du-Nord.

« A l’été 1940, je me suis dit : il faut continuer à se battre. Mon grand-père, un ancien marin, m’encourageait. Je recopiais et diffusais un peu partout les slogans entendus sur les ondes : « Radio-Paris ment… Radio-Paris est allemand. Résistez, chantez, sifflez les « V ». »

En 1941, l’abbé Maurice Barré, un autre grand de la Résistance, lui propose de lui transmettre tout le résultat de ses observations sur les mouvements de l’occupant. Par la suite, il la chargera d’établir des fausses cartes d’identité pour les prisonniers évadés ou des résistants.

Aïde va fournir aussi des renseignements importants concernant la construction des nouvelles pistes sur l’aérodrome de Pleurtuit.

En 1943, Maurice Barré conseille à la jeune fille de décrocher. Aïde part pour Saint-Brieuc suivre ses études d’infirmière. Parallèlement, elle continuera son action. Ainsi, dans le secteur de Moncontour, elle camouflera des aviateurs et agents anglais, avec Félix Veillet des Landelles, commandant du groupe OS 14. Elle travaillait aussi avec Marceau, le grand patron des FFI. « C’est lui que j’ai prévenu avec les parachutistes, lorsque l’Abbé Fleury a été arrêté. » Dans les documents de la Résistance dinannaise figure la fausse carte d’identité qu’on lui fournit en 1944 ; « Je m’appelais alors Geneviève Auffret née Letricher et j’étais mariée… pour les besoins de la cause ! Un jour même, on me fera passer pour morte et enterrée, par mesure de sécurité. »

L’autre particularité de cette dame est d’avoir été l’héroïne d’un livre paru en 1946 et écrit par Marie-Paule Salonne, de Plancoët. « Elle m’a trouvée alors que j’allais partir en Allemagne pour m’occuper de soins aux déportés. » Ainsi est né le livre « Fends la bise », du nom du petit chien qui, avec Aïde, parcourut tant de kilomètres durant la Résistance, dans le panier à double fond toujours installé sur le porte-bagage de sa bicyclette.

Pendant toutes ces années de Résistance, Aïde ne sera arrêtée et interrogée par les Allemands qu’à peine trois heures, à Hénon. Elle portait des rations de combat et des messages… « On m’a demandé à partir de ma fausse carte d’identité : « Vous êtes catholique ? On vous souhaite votre fête ? C’est quel jour ? » Par miracle, j’ai répondu : « Le 3 janvier, la Sainte Geneviève. J’ai pu repartir sans problème ! »

Source : Supplément Ouest-France « La Libération des CDN » 1994, p. 33.

 

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