Mémoire Résistance et Déportation dans les Côtes-du-Nord

Réorganisation du PCF et première rafle de Vichy

Démantelé par la répression en 1939-1940, le parti communiste est la première force politique à se réorganiser dans la clandestinité.

En juin 1940, le PCF dans les Côtes-du-Nord n’existe plus : les quelques dizaines de militants qui ont échappé à la répression durant la « drôle de guerre » sont désemparés par le changement de ligne politique de leurs dirigeants nationaux (passage à une ligne pacifiste) et les plus connus restent l’objet d’une surveillance policière.

A l’automne 1940, deux hommes tentent de réorganiser le PCF clandestin dans les Côtes-du-Nord : Pierre Petit et Pierre Le Queinec, tous deux cadres de la CGT. A Saint-Brieuc, ce dernier organise un rassemblement (autorisé par Vichy) sur la tombe de l’ancien secrétaire fédéral Flouriot, le 4 septembre, jour anniversaire de sa mort. C’est l’occasion de renouer des contacts.

Pour rétablir la liaison avec le « centre », Le Queinec prend contact avec le vieux dirigeant Marcel Cachin (rédacteur en chef de L’Humanité avant guerre), retiré dans sa maison de Plourivo. Mais celui-ci est isolé lui aussi et se contente d’encourager les initiatives locales, sans pour autant passer dans la clandestinité comme lui demande la direction nationale du parti. Cachin et son gendre sont effectivement arrêtés par les Allemands en août 1941, emprisonnés à Paris, puis libérés en octobre après avoir accepté de signer un texte désavouant les attentats individuels contre les Allemands : c’est « L’affaire Cachin » qui se poursuivra durant l’année 1942.

Quoi qu’il en soit, malgré les difficultés et le danger, le PC des Côtes-du-Nord se réorganise au 1er semestre 1941, comme en témoignent les progrès de la propagande sous la forme de tracts ou de journaux clandestins avant même l’invasion de l’URSS par Hitler. C’est le cas en particulier dans l’ouest du département (région de Guingamp, de Callac-Bourbriac, Trégor). Cette précocité de l’activité communiste en pays bretonnant explique le poids du PCF et de cette région dans l’action clandestine jusqu’à la Libération.

Cependant ce réveil de l’activité communiste donne lieu rapidement dans cette zone à la première grande rafle (perquisitions et arrestations) de militants communistes par la police de Vichy entre avril et septembre 1941. 17 communistes, pour la plupart originaires de Callac, sont internés dont plusieurs à Châteaubriant peu avant l’exécution des 27 otages, dont celui de Guy Moquet. Cinq sur 6 de Callac sont libérés pour Noël 1941 à la demande du préfet, mais cette première vague répressive freine la propagande communiste pour plusieurs mois. Le retentissement des fusillés de Châteaubriant est d’ailleurs immense dans l’opinion, dans le département comme ailleurs. C’est un tournant très défavorable pour le régime de Vichy et sa politique de collaboration, notamment policière.

Malgré les risques, des sabotages isolés sont perpétrés surtout dans le Trégor, et s’ils ne sont pas tous l’œuvre de militants communistes, ceux-ci vont s’engager de plus en plus ouvertement dans la stratégie de la lutte armée contre l’occupant nazi.

 
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