Mémoire Résistance et Déportation dans les Côtes-du-Nord

PCF : Propagande et passage à la lutte armée

Reconstitué au cours du premier semestre 1941, le PCF clandestin des Côtes-du-Nord avait été rapidement victime d’une première vague d’arrestations dans l’ouest bretonnant du département, là où l’agitation communiste est déjà la plus active. Freiné un temps par cette première rafle de la police de Vichy, la Résistance communiste dans le département est réactivée par la décision de la direction nationale du parti de se lancer désormais à fond dans la lutte armée en créant, en avril 1942, les Francs Tireurs et Partisans français (FTPF) commandés par le Breton Charles Tillon.

L’enlèvement de Marcel Cachin (juillet 1942)

La question du passage des communistes à la lutte armée avait soulevé des oppositions internes comme en témoigne l’arrestation à Plourivo par la Gestapo l’année précédente du vieux leader Marcel Cachin. Emprisonné à Paris jusqu’en octobre, il avait accepté dans un premier temps de signer une déclaration désavouant les attentats largement utilisée par la propagande allemande et vichyste par la voie d’affiches. Il s’agissait de montrer que Cachin était en désaccord avec la ligne du PCF favorable à la lutte armée, favorisant ainsi le trouble de nombreux militants communistes.

Ce n’est qu’en juillet 1942, lorsque toute sa famille a été mise à l’abri, que Marcel Cachin accepte son « enlèvement » par l’un des premiers groupes FTP des Côtes-du-Nord, celui de Saint-Brieuc-Lanvollon. Pierre Le Queinec, chef départemental du PCF, confie l’organisation de cet enlèvement à André Cavelan de Châtelaudren. Il s’agit d’extraire Cachin du département pour le mettre à l’abri en région parisienne où il serait en contact avec la direction nationale du Parti. La réussite de l’opération, à la barbe des gendarmes français, prouve les capacités d’initiative et d’audace des militants communistes départementaux, pourtant peu nombreux.

Le PCF élargit son audience et sa propagande

Le PCF des Côtes-du-Nord poursuit dans le même temps sa restructuration : Marcel Bréjeon, qui vient de la région nantaise, a remplacé au début de l’été 1942 Pierre Le Queinec, « muté » dans le Finistère. Ce dernier est d’ailleurs arrêté sur dénonciation avec d’autres camarades en septembre 1942. Le PCF des Côtes-du-Nord est à nouveau touché, mais cette deuxième vague de répression conduite par Vichy frappe surtout les autres départements bretons. Malgré tout, la nouvelle direction départementale relance à l’automne 1942 une activité multiforme.

En effet la propagande communiste s’intensifie. Tout un réseau de distribution avec dépôts et relais se met en place. Des dizaines de tracts, de brochures, de journaux venant des imprimeries clandestines parisiennes sont diffusés en plusieurs endroits du département. Rappelons qu’à l’occasion du 11 novembre 1942, le parti communiste appelle aussi à manifester à Saint-Brieuc et à Guingamp, mais la peur de la répression rend cet appel inefficace.

Par contre cette volonté du parti d’élargir son influence auprès de secteurs plus larges de la population rencontre un écho favorable par l’intermédiaire des « comités de femmes » particulièrement actifs à Guingamp. Des distributions de tracts et même trois manifestations de femmes ont lieu dans cette ville en juin, juillet et septembre 1942 afin d’aider les familles des prisonniers de guerre (collecte de fonds) et dénoncer surtout le rationnement qui aggrave les conditions de vie de la population. Cette agitation sociale, menée par ces comités populaires féminins et entretenue par le parti communiste clandestin, témoigne de la montée de la colère de la population face à l’occupant nazi et la politique de collaboration de Vichy.

Premiers groupes FTP et la lutte armée

Mais le fait véritablement marquant, c’est la multiplication des sabotages et des attentats commis par les résistants communistes, réponse immédiate au passage à la lutte armée du PCF. En effet, malgré le manque d’armes et d’explosifs, et leur petit nombre, les communistes sont les principaux auteurs des actions de Résistance de l’année 1942.

A présent, il ne s’agit plus d’actes isolés, mais d’opérations concertées qui sont l’œuvre des premiers groupes locaux OS-FTP. Aux coupures de lignes téléphoniques s’ajoutent désormais les premiers sabotages contre les chantiers de l’organisation Todt (OT) dans la région de Paimpol-Lézardrieux. A l’été puis l’automne 1942, à la suite de directives régionales, le groupe FTP de Saint-Brieuc s’en prend directement aux locaux allemands (bureau d’embauche pour l’Allemagne, feldengendarmerie) et collaborationnistes (LVF, groupe Collaboration). En décembre, c’est la Soldatenheim (foyer du soldat) de Guingamp qui est visée, occasionnant la vive réaction de l’occupant : couvre-feu à 20 h pendant 2 mois et surtout installation à Saint-Brieuc d’un Aussenkommando, antenne départementale du SD de Rennes, la police de Sûreté nazie.

Ces quelques exemples traduisent la poussée de la lutte armée dans le département et la création d’un climat d’insécurité pour l’occupant. Dans le même temps, les premiers incidents spontanés contre la politique de la Relève, lancée par Pierre Laval, témoignent aussi d’un basculement de l’état d’esprit de larges fractions de la population. L’espoir commence à changer de camp depuis l’entrée en guerre des Etats-Unis et le débarquement des Anglo-Américains en Afrique du Nord en novembre 1942.

(1) Le Queinec réussit à s’évader avec d’autres militants du camp de Voves en janvier 1943 et devient l’un des adjoints de Charles Tillon, à la direction nationale des FTP.