Mémoire Résistance et Déportation dans les Côtes-du-Nord

Essor des manifestations publiques

Anglophilie et propagande gaulliste

En dépit de l’interdiction et des risques de sanctions, l’écoute de la BBC devient de plus en plus fréquente en 1941, en particulier dans les villes et sur les côtes. C’est ce que déplore le Préfet des Côtes-du-Nord dans un rapport début octobre.

Cette anglophilie croissante se manifeste clairement lors des obsèques de militaires britanniques (marins, aviateurs). Le fleurissement des tombes (comme à Perros-Guirec et Plourhan) et plus encore les premiers défilés de la population locale (un millier de personnes à Saint-Brieuc le 16 juillet 1941) sont l’occasion d’affirmer le sentiment patriotique et le soutien aux Alliés.

C’est aussi par la voie de la BBC que la propagande gaulliste progresse. Graffitis gaullistes et anti-boches, croix de Lorraine et V de la victoire se répandent sur les murs et les devantures de magasins, au point de susciter des autorités allemandes « un dernier avertissement à la population des Côtes-du-Nord » en mars 1941. A Dinan, l’activité de propagande en faveur du général de Gaulle donne lieu au mois d’août à des perquisitions de la police française et des condamnations. Des tracts sont distribués dans certaines communes du département. Pour protester contre la politique de collaboration de Vichy des lettres anonymes sont adressées au cours de l’été au secrétaire d’Etat à l’Intérieur.

Agitation dans les lycées

La jeunesse, lycéenne en particulier, participe activement à ce mouvement de fronde. Ainsi, en février 1941, un élève du collège privé des Cordeliers de Dinan est renvoyé pour les inscriptions « A bas les boches » ! » « Vive les Anglais ! », « Vive de Gaulle ! ». Le 18 juin, date anniversaire de l’appel du général et de l’occupation dans le département, plusieurs collégiennes ainsi que 2 garçons de 15 ans dont Georges Ollitrault, le futur « Jojo » qui va s’illustrer dans la Résistance », ont arboré rue Saint-Guillaume un ruban noir en signe de deuil. Dans les jours suivants, comme on craint des troubles, les épreuves du baccalauréat au lycée Le Braz se passent sous contrôle policier.

Fêtes patriotiques

Les fêtes patriotiques, à l’appel de la radio gaulliste ou à la suite d’initiatives locales, sont l’occasion de manifester sur la voie publique son hostilité à l’occupant et à Pétain. Ce sont encore pour la plupart des jeunes qui osent défiler par exemple à Saint-Brieuc le 11 mai (fête de Jeanne d’Arc) et le 14 juillet. C’est le cas aussi à Ploeuc où on chante La Marseillaise à l’occasion de la Fête nationale.

On signale aussi des manifestations d’opposition collective dans certains cinémas du département. Cris et sifflets ont fortement perturbé les séances des actualités allemandes à Guingamp (janvier 1941) et plus encore à Saint-Quay-Portrieux en août.

Yves Coantin condamné à mort

La montée de la germanophobie se traduit aussi par des rixes isolées entre Français et Allemands, parfois sous l’emprise de la boisson. L’une d’elles tourne mal au point de provoquer la condamnation à mort du boucher de Saint-Adrien, Yves Coantin, exécuté le 9 avril 1941 pour « actes de violence contre l’armée allemande ». Tout comme Dubreuil de Dinan, quelques mois plus tôt, des affiches bilingues de l’arrêt de la Cour martiale sont diffusées un peu partout afin de terroriser la population.