Mémoire Résistance et Déportation dans les Côtes-du-Nord

Protestations contre les réquisitions de main d’oeuvre sur les chantiers de la Wehrmacht (mars 1944)

Saint-Brieuc, le 21 mars 1944

Préfecture des Côtes-du-Nord

Emploi de la main-d’œuvre masculine sur les chantiers de la Wehrmacht

Une ordonnance du 17 novembre 1943 de M. le Colonel Commandant la Feldkommandantur à Saint-Brieuc me prescrivait de mettre à la disposition des chantiers militaires allemands tous les hommes valides de 17 à 55 ans, en vue de participer à des travaux d’intérêt militaire envisagés dans certaines communes du département.

Ces instructions prévoyaient :

1°) Les conditions de travail de la main-d’œuvre demandée : a) lieu de travail : à proximité du domicile de l’ouvrier. b) durée de travail : 4 à 6 heures par jour. c) rémunération : équitable.

2°) Les dérogations à apporter aux prescriptions de l’ordonnance précitée. Etaient exemptés des prestations :

A) Les personnes travaillant dans l’intérêt de l’Armée Allemande : 1°) Agents des P.T.T. et de la S.N.C.F. 2°) Ouvriers de l’Organisation TODT, Usines Rustung, etc... 3°) Personnes indispensables au ravitaillement du pays (boulangers, minotiers...)

B) les médecins. [...]

[...] Mais bientôt, il y eut quelques heurts entre ouvriers employeurs. Par note du 16 décembre, M. le Colonel commandant la Feldkommandantur m’informait que des incidents dus à l’ivresse, s’étaient produits :

1°) Sur les chantiers de Plouaret où l’équipe fournie par Le Vieux Marché refusa de continuer le travail après 15 heures, et brisa une brouette (arrestation provisoire des meneurs).

2°) A Chatelaudren où l’interprête employé au Parc automobile dut informer le service de surveillance de l’intention des ouvriers de sectionner un câble déposé dans un des fossés du chantier. L’interprête fut traité de "boche" par les ouvriers, et menacé de telle sorte que, pour sa sécurité personnelle, il dut passer la nuit dans le cantonnement des troupes allemandes.

Donc, à l’origine, le contingent de main-d’oeuvre demandé étant raisonnable, les Maires n’éprouvaient pas de grandes difficultés à satisfaire aux ordres des Autorités d’occupation. D’autre part, chaque ouvrier ne travaillait qu’un jour par semaine et pouvait vaquer à ses occupations habituelles.

Mais à la suite d’une inspection des fortifications de la côte par des Officiers supérieurs de l’Armée allemande, les travaux éxécutés furent jugés insuffisants : de nouveaux et nombreux chantiers furent ouverts et les demandes de main-d’oeuvre s’accrurent. Dès lors, les Maires protestèrent ; je fus quotidiennement saisi de réclamations tant verbales qu’écrites. [...]

En outre, il arrive quelquefois qu’un Maire reçoive simultanément, pour sa commune, deux demandes de main-d’oeuvre, l’une émane de la Feldkommandantur et lui est transmise par ses soins ; l’autre de l’Unité locale. Et, le plus souvent, ces demandes sont faites sans tenir compte des possibilités de la commune.

Ainsi, à Saint-Alban, le nombre d’hommes susceptibles de se rendre sur le chantier est de 250 ; la demande journalière de la Feldkommandantur porte sur 50 hommes, celle de l’Unité locale sur 50 hommes et 12 conducteurs d’attelages, soit au total 112 hommes. Cet état de choses n’est malheureusement pas particulier à la commune de Saint-Alban. [...]

Je tiens à vous signaler que les difficultés s’acroissent encore de jour en jour pour le recrutement des ouvriers.

Ainsi actuellement la commune de Perros-Guirec est surimposée et la situation critique. En effet, le 3 Mars 1944, M. le Feldkommandant me faisait connaître que le Maire de cette commune "refusait de fournir les 120 hommes demandés", à savoir : 80 ouvriers à prendre à Perros, 40 ouvriers à prendre à Ploumanac’h.

Dans cette même lettre, parvenue à la Préfecture le 6 Mars 1944, il était spécifié que "au cas où le Maire refuserait encore de satisfaire aux demandes de l’Unité, sa destitution serait demandée et il serait demandé compte de sa conduite". [...]

La situation de Perros-Guirec mérite d’être signalée particulièrement : 500 ouvriers sont déjà engagés dans les organisations TODT ou militaires. Certains carriers bénéficient d’exemptions, ainsi que les marins-pêcheurs, si bien que, le nombre d’hommes disponibles n’est plus que de 300 à 350. [...]

ADCA, 1 W 19, Extraits du rapport des services de la préfecture, 21 mars 1944.

 

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