Les jeunes, de l’enfance à l’adolescence, sont l’enjeu majeur du régime. Au secrétariat général de la Jeunesse, Georges Lamirand, ancien élève de l’Ecole centrale, directeur général des usines Renault, se voit confier le 25 septembre 1940 la tâche de la rassembler dans les organisations contrôlées par l’Etat. Outre les Chantiers de Jeunesse, se créent des mouvements liés au service civique ou à la solidarité nationale.
Le brillant technocrate supervise l’ensemble. Il utilise ses dons d’orateur, son sens des contacts pour exalter les écoliers et les lycéens en leur communiquant son enthousiasme.
Une visite de Georges Lamirand est prévue à Saint-Brieuc, le 19 juin 1941, au cinéma le Splendide. Les élèves encadrés de leurs professeurs, doivent assister à sa conférence, sur le thème de la Révolution nationale.
Mathilde Le Moal :
« Tous les établissements scolaires, publics et privés, de Saint-Brieuc sont priés de faire accompagner les élèves au cinéma le Splendide, le 19 juin, afin d’écouter le secrétaire général à la jeunesse, Georges Lamirand. Des policiers en civil sont postés partout. On commence à nous faire chanter pour connaître notre état d’esprit. Un animateur, de la suite de Lamirand, arrive sur scène et, pour mettre de l’ambiance, entonne un chant :
Petits oiseaux, zeaux, zeaux
Qui mangez du crottin, tin, tin
Petits oiseaux, zeaux, zeaux
Ne vous envolez pas, pas
Petits oiseaux, zeaux, zeaux
Si vous vous envolez, lez, lez
Petits oiseaux, zeaux, zeaux
Le crottin restera, ra, ra…
Renée et Charles Le Goïc, responsables des Eclaireurs de France, mouvement alors clandestin, sont horrifiés par une telle indigence !
Cette malheureuse initiative de « l’animateur » va déclencher un indescriptible « chahut ». Des trois niveaux du Splendide vont jaillir, sans la moindre interruption, des : zeaux, zeaux… des tin, tin… des pas, pas… des lez, lez… des ra, ra, accompagnés de sifflets, de réflexions, de hurlements. Chez les officiels, souffle un vent de panique, car, malgré leurs tentatives successives, ni le surveillant général, ni le censeur, ni le proviseur ne parvient à rétablir le silence.
Lamirand en personne apparaît en désespoir de cause. Il demande à la salle de crier « Vive le Maréchal ». Sous les sifflets de ses « invités », la réponse lui revient, cinglante : « Vive la France ! » Alors des projectiles de toutes sortes, dont des morceaux du flocage des murs, atterrissent sur la scène même… Le chahut est à son comble… La visite du secrétaire à la Jeunesse tourne court. Il ne peut faire son discours ! Il n’a plus qu’à repartir ! Ce qu’il fait ! »
Source : Association des anciens élèves du Lycée Anatole Le Braz Saint-Brieuc, Ouvrage collectif, DE LA NUIT A L’AURORE, Des lycéens dans la guerre, 1939-1945, Les Presses Bretonnes, 1996, p. 123-124.
Commenter cet article