Pour ceux qui ont vécu les heures enivrantes de la libération, le mois d’août 1944 restera à jamais l’un des grands moments de bonheur de leur vie, mettant fin à quatre années d’occupation. Voulant conquérir rapidement les ports de Brest et Lorient, les Américains placent la libération de la Bretagne au rang de leurs priorités dès leur sortie de la bataille de Normandie. En quelques jours la Bretagne est libérée, mais l’armée allemande se recroqueville sur ces ports pour en faire des bastions imprenables. Brest sera pris d’assaut et conquis mi-septembre après de très durs combats. Mais le prix à payer étant trop lourd, les Américains décident de se contenter d’un blocus de la poche de Lorient qui ne sera libérée qu’une année plus tard à la fin de la guerre.
Le 6 juin 1944, alors que les Alliés s’apprêtent à débarquer en Normandie, 500 parachutistes SAS français du commandant Bourgoin sont largués de nuit, sur la Bretagne à Duault (22) et Saint-Marcel (56).
Leur mission ? Freiner ou empêcher par des actes de sabotage l’envoi de renforts allemands de la Bretagne vers la Normandie. Très vite ils sont rejoints par une résistance bretonne organisée et très active. Ensemble, ils vont combattre les Allemands à Saint-Marcel (18 juin) avant d’abandonner la politique dangereuse des maquis mobilisateurs, préférant la stratégie de l’action clandestine.
Ces premiers combats sont les annonciateurs de la libération de la Bretagne que tout le monde attend avec impatience, l’oreille rivée à Radio-Londres pour y suivre la progression des Alliés en Normandie.
L’objectif des ports
Après un mois de terribles combats, les Alliés trouvent enfin la porte de sortie du front normand à Avranches le 31 juillet. En deux heures de temps sur un espace de 20 km², 2 500 bombardiers US lâchent 5 000 tonnes de bombes, au napalm et au phosphore, pulvérisant les meilleures troupes du Reich. Cette percée d’Avranches va permettre à l’armée américaine de prendre à revers et d’encercler l’armée allemande qui sera écrasée à Falaise. Mais cette percée permet également aux Américains de songer à la conquête des ports de l’Atlantique (Brest, Lorient) qui pourraient leur servir de base d’approvisionnement en hommes et matériel comme en 1918. Pour cela, une condition est impérative : les prendre en bon état, par effet de surprise.
C’est le général Patton et ses 50 000 hommes qui sont chargés de cette mission dont la réussite repose essentiellement sur la vitesse d’exécution. Les Allemands possèdent encore 75 000 hommes en Bretagne dont les redoutables parachutistes du général Ramcke basés dans les Monts d’Arrée en prévention d’un parachutage allié. Dès la percée d’Avranches, les forces allemandes obéissent à l’ordre d’Hitler et se recroquevillent sur les ports de St-Malo, St-Nazaire, Lorient et Brest. Leur objectif est de sauver les bases sous-marines dans l’attente de nouvelles armes plus puissantes et afin d’immobiliser les forces américaines.
Course de vitesse en Centre Bretagne
L’offensive américaine s’apparente à un véritable raid de cavalerie légère. La route du Centre Bretagne est retenue pour foncer au plus vite vers Brest et Lorient, sans perdre de temps à libérer les villes côtières. La progression est aidée par une levée en masse de quelque 35 000 résistants bretons qui vont servir d’infanterie aux GI’S.
En une semaine l’armée américaine est aux portes de Brest et de Lorient, mais malheureusement il est trop tard : ces ports sont cadenassés et il est impossible de les prendre par surprise. A Brest, la très dangereuse présence des parachutistes du général Ramcke rend indispensable la prise d’assaut de la ville. Les combats s’engagent le 7 août et ne s’achèveront que le 19 septembre. C’est rue par rue, souvent au lance flammes, que Brest a été reconquise lors d’un terrible combat qui transforma la capitale du Ponant en champ de ruines et coûta 10 000 hommes aux Alliés (blessés et tués).
Devant le prix à payer pour gagner ces ports ruinés, les Américains changent de tactique face à Lorient. Ils confient aux FFI la mission de bloquer ce port en attendant sa chute à la fin de la guerre. L’essentiel des forces US se retrouve vers l’Est où la guerre se poursuit pour libérer Paris et écraser l’armée allemande. L’objectif militaire majeur de la libération rapide de Brest et Lorient a donc échoué. Les Américains devront se contenter du Havre et Rouen pour leur approvisionnement et faire leur deuil de Brest détruit à 100 % et de Lorient toujours aux mains des Allemands.
Une immense fête populaire
Mais pour la population civile bretonne l’heure est à la fête. Toutes les autres villes ont été libérées soit par les Américains, soit par les Résistants, soit par les deux en même temps.
Les Allemands en déroute ou se repliant ont donné leurs derniers coups de griffe. Des combats se déroulent un peu partout. Mais très vite ce sont des scènes de liesse populaire qui éclatent. Les GI’S sont fêtés en héros. Comme en témoigne cette Briochine : « Dans la rue une farandole s’est improvisée entre les véhicules américains. On chantait, on criait, il y avait foule. Je me suis élancée au devant du premier char. J’ai pris le pilote dans mes bras et je l’ai serré de toutes mes fores. Il était sale, couvert de poussière. Je ne voulais plus le quitter ». Les résistants sortent enfin de la clandestinité alors que les collaborateurs doivent payer pour leur attitude durant l’occupation.
La Bretagne chavire de bonheur au cours de ce mois d’août 1944, avant de songer à panser ses plaies béantes et pleurer ses morts. Brest et Lorient sont à reconstruire tout comme les voies de communication. Il faut relancer la production et la distribution alimentaire, remettre en place un nouveau pouvoir politique, relancer une économie exsangue. Bref après le drame, après la fête de la libération, il a fallu retrousser ses manches et reconstruire une région qui va connaître un véritable miracle économique dans la seconde partie du siècle.
Source : Hors-série Le XXe siècle en Bretagne et dans le monde 1900-2000, Le Télégramme, 2000, p. 99. Marcel Quiviger.
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