Après 9 mois de drôle de guerre, et alors que le cabinet de Paul Reynaud est démissionnaire, l’attaque allemande à l’Ouest le 10 mai 1940, bouscule en quelques jours les armées néerlandaises, belges, françaises et britanniques. Le Blitzkrieg hitlérien triomphe. En dépit de durs combats, la France connaît la plus grave défaite de son histoire. Pour la Bretagne, quatre années d’occupation allemande commencent.
La Bretagne est vite concernée par l’évolution désastreuse de la situation militaire qui conduit à la signature de l’armistice avec le IIIe Reich le 22 juin 1940, à la demande du maréchal Pétain, nommé président du Conseil le 16 juin.
L’impossible « réduit breton »
A partir du 24 avril, la guerre est à l’ordre du jour avec le départ de Brest d’un convoi de 65 navires transportant 15 000 soldats vers la Norvège. Mais bientôt, la défaite se profile.
Le sursaut de la bataille de la poche de Dunkerque n’a fait que retarder de quelques jours la ruée des panzers allemands vers Paris (le 14 juin), puis vers l’ouest et le sud de la France. Le 12 juin, le sous-secrétaire d’Etat à la guerre, le général de Gaulle est bien venu à Rennes présider une réunion sur le « réduit breton » où pourrait se replier le gouvernement français mais la Wehrmacht avance trop vite. De toute façon, le lendemain, au conseil des ministres réuni à Cangey, où partisans et adversaires de l’armistice s’opposent, le maréchal Pétain juge cette solution impossible à mettre en oeuvre.
Le 14 juin, Paul Reynaud demande à de Gaulle de partir pour Londres. Il s’agit de négocier avec Churchill les conditions d’évacuation de troupes françaises vers l’Afrique du Nord afin de continuer le combat.
N’arrivant pas à trouver d’avion à Bordeaux, de Gaulle gagne la Bretagne, à contre-courant de l’exode, par des routes encombrées et bombardées. Après une brève halte à Rennes pour s’assurer de la situation militaire, il passe embrasser sa mère qui va mourir à Paimpont le 16 juillet et y être enterrée, puis voit son épouse et ses filles repliées à Carantec, avant de s’embarquer à Brest à bord du contre-torpilleur Milan.
Le 16 juin, il sera accueilli à Londres, par Jean Monnet et l’un de ses proches collaborateurs d’origine bretonne, mais encore inconnu, René Pleven. Les deux hommes négocient un traité d’union franco-britannique, accepté par de Gaulle et Churchill, mais refusé par le nouveau gouvernement Pétain.
Le flot des réfugiés
Les Bretons sont loin de ces considérations diplomatiques et politiques. A partir du 15 mai, les autorités doivent faire face à l’afflux massif d’une 2e vague de réfugiés qu’il faut nourrir et loger. Les installations prévues sont débordées. On a de plus en plus de mal à ravitailler ceux qui sont bloqués dans les gares malgré la réquisition des boulangeries. A Rennes on va servir de 17 000 à 26 000 repas par jour, plus de 10 000 à Quimper.
Belges, Luxembourgeois, Français du Nord et de l’Est arrivent les premiers, bientôt suivis de Parisiens et de Normands (femmes, enfants, gens âgés). A la mi-juin, ils sont peut-être 1,2 million répartis dans les villages et dans les villes, dont la population double, des 5 départements.
Un mois plus tard, ils sont encore 751 000 mais environ les 9/10e de ces réfugiés vont regagner leur domicile pendant l’été. En novembre 1940, il reste 12 000 rapatriables dans les Côtes-du-Nord et 7 900 en Ille-et-Vilaine, dont bon nombre d’Alsaciens-Lorrains.
Dans des ports, des navires surchargés font naufrage ou coulent sur des mines (190 morts sur la Tanche à Lorient le 19 juin). Mais le drame le plus terrible a frappé Rennes le 17 juin. Le bombardement d’un train de munitions y fait officiellement 800 victimes civiles et militaires, en fait 1 600 à 2 000 morts avec les disparus.
La Marine évacue les derniers stocks d’or de la Banque de France, tandis que le Jean-Bart, inachevé, parvient à quitter Saint-Nazaire le 19 juin.
Aux origines de la Résistance
Certains, soldats, aviateurs, jeunes gens qui veulent continuer le combat, s’embarquent dans les ports bretons. Les 24 et 26 juin, alors que les Allemands sont à Audierne, 133 pêcheurs de l’île de Sein gagnent l’Angleterre. Cette évacuation par mer, spectaculaire et symbolique, éclipse d’autres départs (région de Paimpol, Morlaix, Douarnenez, Camaret, Ouessant…). La plupart de ces Bretons, dont de nombreux marins, vont former le noyau originel des Forces Françaises Libres (FFL).
Le Vannetais Gilbert Renault, le futur Rémy, quitte Lorient le 17 juin. Il reviendra à l’automne créer l’un des premiers réseaux de renseignements en France occupée. Des pêcheurs assurent les premières liaisons maritimes clandestines avec l’Angleterre dès juillet 1940. Ils vont débarquer des agents gaullistes à la pointe de Bretagne (Mansion, Moreau, Barlier, Doornick, puis Estienne d’Orves).
Ces pionniers de la résistance londonienne naissante trouvent d’indispensables relais dans une population qui rejette immédiatement l’occupant.
Malgré le choc de Mers el-kébir le 3 juillet, des sentiments « anglophiles et gaullistes » s’expriment dès l’automne 1940 dans les villes et les régions côtières de l’ouest breton : affiches lacérées, manifestations patriotiques et religieuses à la Toussaint et le 11 novembre à Brest, à Saint-Brieuc,… ou lors d’obsèques de militaires britanniques.
Une résistance a- ou pré-organisationnelle se manifeste avec les premiers sabotages de lignes téléphoniques (7 cas dans le Morbihan, 2 dans les Côtes-du-Nord en 1940) ou de locomotives (cheminots rennais). La répression allemande frappe déjà durement.
Les vainqueurs s’installent
Face à l’effondrement national, la Wehrmacht a envahi la Bretagne très rapidement. Seuls, deux combats de retardement pour protéger l’évacuation de la Marine ont eu lieu les 19 et 21 juillet à Landerneau et à Guidel près de Lorient (4 et 6 Français tués, plusieurs blessés).
Les Allemands sont à Rennes à l’aube du 18 juin, à Saint-Brieuc dans l’après-midi, à Brest le 19, à Quimper le 20, à Lorient le 21… Dans les jours qui suivent, les côtes sont bouclées. Près de 140 000 Bretons sont faits prisonniers pendant la campagne de France, parfois en allant se faire démobiliser.
Dans les Côtes-du-Nord, 24 000 prisonniers sur 27 000 vont être transférés en Allemagne soit 18 % de la population masculine.
Le XXVe Corps d’Armée allemand installe ses Feldkommandanturen imposant son « ordre nouveau nazi » (heure allemande, couvre-feu, ausweis pour circuler, zone côtière interdite, censure de la presse…). Pour faire régner l’ordre, on désigne des otages parmi les notables. Dès le 28 juin, J-M Kérandel de Plouguerneau est fusillé.
Revenus dans les fourgons de l’occupant, les deux chefs du Parti National Breton, Mordrel et Debauvais créent un Conseil National Breton à Pontivy le 3 juillet, embryon de pouvoir « d’un Etat Breton indépendant », refusé par leurs protecteurs allemands. Ils se contentent de financer « L’Heure bretonne » et d’utiliser contre Vichy la poignée de collaborationnistes du PNB, écartant même les deux chefs ultras en décembre au profit des frères Delaporte, un peu plus modérés.
Le régime de Vichy est né de la débâcle mais 7 parlementaires ont refusé de voter les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. A partir de l’hiver 1940, la vie devient chaque jour plus difficile sous la botte nazie.
Source : Hors-série Le XXe siècle en Bretagne et dans le monde 1900-2000, Le Télégramme, 2000, p. 91. Christian Bougeard, Professeur d’histoire contemporaine, UBO-Brest.
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